Voir toutes les actus
Actualités
Créocéan
Après plus de 25 ans d’aventure chez Créocéan, Éric Dutrieux s’apprête à tourner une page importante de son parcours professionnel. Figure emblématique du développement international de l’entreprise, il a contribué, dès la fin des années 1990, à faire rayonner l’expertise scientifique de Créocéan bien au-delà des frontières, sur tous les océans du globe. À l’occasion de son départ, il revient sur les grandes étapes de son parcours, les défis relevés, les projets marquants et sa vision engagée de la protection des milieux marins.
En 1998, très peu de sociétés privées avaient développé des expertises environnementales en milieu marin. Avec l’IARE, l’association pour laquelle je travaillais, Créocéan était le principal bureau d’études en France à réaliser ce type de prestations, auréolé de ses anciens liens avec l’Ifremer. Nous nous connaissions déjà, notamment avec Olivier Le Brun, qui m’avait précédé. C’est lui qui m’a suggéré de poser ma candidature, très vite acceptée par Jean-Marc Sornin et Yves Gillet. J’ai démarré seul en Languedoc-Roussillon, puis nous avons rapidement partagé des locaux avec la société IDEE, spécialisée en aquaculture. L’aventure pouvait commencer !
Les choses se sont déroulées progressivement. J’ai avant tout été recruté pour développer l’activité en Méditerranée, un territoire pour lequel j’avais déjà une bonne expérience et un solide réseau, que ce soit en Corse, en PACA ou en Languedoc-Roussillon. Mais en parallèle, je menais également des missions à l’étranger. Trois mois après mon embauche, j’ai organisé et participé à une mission océanographique en Birmanie, dans le delta de l’Irrawaddy !
Tout au long de ma carrière, j’ai mené de front le développement des études en Méditerranée, à l’international et même dans les DOM-TOM, à une époque où Créocéan ne disposait pas encore d’agences. L’avantage des études scientifiques, c’est qu’elles ne sont pas conditionnées par des frontières et que les lois écologiques sont les mêmes partout dans le monde. Le point commun de toutes ces études a donc toujours été la connaissance scientifique des milieux, une base indispensable et rationnelle pour pouvoir définir des mesures de gestion et de protection. Ce n’est que très récemment qu’une équipe dite « internationale » a été formalisée. Elle est constituée d’un petit noyau dur de spécialistes dont la mission est de rechercher des opportunités permettant de sauvegarder des milieux naturels préservés, tout en accompagnant, lorsque cela est nécessaire, des projets d’aménagement. Cette équipe de développement s’appuie sur l’ensemble de l’expertise de Créocéan.
L’international implique une concurrence forte avec de très grands bureaux d’études, souvent anglo-saxons, déjà solidement implantés à l’échelle mondiale. Réussir à s’imposer dans cet environnement lorsque l’on est, à l’origine, une structure d’une vingtaine de personnes, dotée d’une expérience majoritairement française, représentait un véritable défi. Il a donc fallu développer notre capacité à nous investir sur des sujets nouveaux et complexes, sans craindre d’affronter des acteurs beaucoup plus importants. Cela demande également une bonne dose d’imagination pour trouver des solutions adaptées, savoir ajuster son discours à des clients très divers, explorer de nouveaux territoires — au sens propre comme au figuré — et aimer relever les défis.
Au début des années 1990, la plongée scientifique n’était pas utilisée dans les bureaux d’études ; elle était alors réservée au monde universitaire et à la recherche. Plongeur naturaliste, photographe sous-marin amateur et déjà expert de la faune sous-marine méditerranéenne, il m’a semblé naturel d’intégrer cette compétence — ou plutôt cette passion — à mon activité professionnelle. Après mon arrivée chez Créocéan, la plongée sous-marine s’est rapidement développée au sein de l’entreprise pour devenir, aujourd’hui, un outil de travail à part entière. C’est également par la plongée que Créocéan a fait son entrée dans le monde industriel. Les premières études dites « scuba » en milieu industriel ont nécessité d’importantes adaptations. Dès un premier projet d’envergure au Yémen, il a fallu démontrer à nos clients notre capacité à mener ces opérations dans des conditions de sécurité optimales et en respectant les règles HSE les plus strictes. Nous avons alors travaillé avec Jérôme Davignon à l’élaboration et à la mise en oeuvre d’un référentiel OHSAS, démarche qui a naturellement conduit, les années suivantes, à une migration vers la norme ISO 45001, orchestrée par Sofia Galluzzi.
Cette structuration a fortement contribué à notre positionnement sur le marché industriel. Progressivement, et souvent en co évolution avec nos clients, Créocéan a développé la capacité d’organiser et de conduire des campagnes océanographiques en haute mer et à très grande profondeur, au delà de 4 000 m. Aujourd’hui, cette expertise est reconnue au plus haut niveau : même l’Ifremer nous sollicite pour coordonner des campagnes au coeur du Pacifique.
Il est souvent dit que les études d’impact sont un passage obligé, vouées à finir sur une étagère. À l’international, nous avons pourtant de nombreux exemples où nos travaux ont réellement changé le cours des choses. Un beau projet a été de pouvoir sauvegarder un récif corallien exceptionnel au Mozambique, en convainquant le client de modifier le tracé de son pipeline. Ma plus grande fierté est d’avoir pu mener ce projet dans une logique de concertation avec nos interlocuteurs, sur des bases scientifiques solides, et non à travers un rapport de force stérile.
Indiscutablement, le projet mené au Yémen, qui s’est déroulé sur plus de dix ans, a profondément marqué ma carrière, au point que j’ai ressenti le besoin de retracer cette aventure dans un livre (Yémen, l’histoire vraie d’une aventure écologique, Museo Éditions). Ce projet a réuni tout ce que notre métier peut offrir de plus beau : un contenu scientifique de très haut niveau, avec la participation de chercheurs de renom comme Francesca Benzoni et Michel Pichon ; des décisions prises en concertation avec notre client ; un impact positif et concret de nos actions ; un véritable travail d’équipe, y compris avec notre client, Claude Chaîneau, qui nous a accompagnés lors de nombreuses plongées ; une vision à long terme ; et surtout des rencontres et des amitiés improbables. Je pense en particulier à Salah Baash’n, rencontré dès 1997, qui a organisé de nombreuses missions sur place jusqu’à la fin du projet en 2014. Il m’appelle encore aujourd’hui, chaque 31 décembre à minuit, pour être certain d’être le premier à me souhaiter la bonne année.
Aujourd’hui, la planète est plus que jamais menacée. Les prises de conscience et les évolutions environnementales positives observées ces dernières années sont fragilisées par un retour en arrière politique préoccupant. Créocéan doit poursuivre et renforcer son engagement à l’international : contribuer au développement des énergies renouvelables, lutter contre les effets du réchauffement climatique et participer à la création de nouveaux espaces marins protégés. Pour cela, il est essentiel d’être force de proposition et de ne plus se contenter de répondre aux demandes. Créocéan dispose de tous les atouts nécessaires pour jouer ce rôle actif et visionnaire.
J’ai transformé ma passion en activité professionnelle. Maintenant que je quitte cette activité, il me reste la passion. Je vais continuer à observer et à photographier la nature, sur terre comme sous la surface de l’eau. Mais je pourrai le faire davantage avec mon épouse et mes enfants, eux aussi naturalistes. Les voyages et les découvertes exotiques continueront, sans aucun doute, à faire partie de notre vie.
L’incroyable privilège d’avoir pu réaliser mes rêves d’adolescent et de jeune adulte tout au long de ma vie professionnelle.
Interview réalisée par Céline SOUIL le 24 janvier 2026
04.01.2026
11.12.2025
16.12.2025
02.12.2025